Kessel

Les Hivernales infernales

Tous les rendez-vous hivernaux ont une part de mystère. Pourquoi des gens censés, osent sortir leurs voitures ou motos d’avant-guerre en plein hiver, quand les températures passent allègrement sous zéro et que le risque de neige affole toutes les chaines de télés ?

LES BALADES D'IGOR
2 min ⋅ 26/01/2025

Pourquoi se geler les miches alors que les rencontres de printemps ou d’été ont un charme fou. Passé le mois d’avril, les cabriolets ressortent, les casquettes à l’effigie du club local ont quitté la naphtaline et les mitaines en cuir achetée à Rétromobile sentent bon le cuir neuf et bon marché. Les copains ont lustré les jantes de leur Simca 1000 et d’autres ont passé un petit coup de polish sur les chromes du cabriolet 504. Les femmes ont sorti les robes à pois des années 50 et les chapeaux à larges bords. 50 kilomètres dans la journée et surtout l’arrêt à la guinguette où DJ Marcel dégoupille du Boney M mixé à du Dany Brillant… Bref, la grosse teuf ! Soyons clairs, ce n’est pas ma came. Les voitures anciennes qui se laissent conduire comme des modernes, les daronnes qui jouent les ingénues et les gaziers qui se prennent pour Delon ou Cevert, je n’y arrive pas…

Du coup, durant ce rallye organisé à la mi-janvier, je n’ouvre la porte qu’aux véhicules d’avant 1939 et pour le coup, là on rigole ! La température indécente pour la pratique de la voiture ouverte, implique que tout l’attirail des concours d’élégance reste dans les malles et qu’on préfère la combinaison de ski à celle de pilote. Les jolis serre-tête en cuir laisse place à d’improbables chapkas ou bonnets. Les mitaines, on ne s’y risque pas, mais les gants de moniteurs sont très tendance. L’esbroufe estivale et remplacée par le réalisme de tenues dont la vocation est d’abord de retenir le moindre degré. Il n’y a pas de mauvaises saisons, il n’y a que des tenues inappropriées.

Côté voitures, dans ce contexte polaire, dire que les équipages en voitures fermées sont avantagés est assez illusoire. Dans la mesure où il ne pleut pas, les équipages enfermés dans des caisses carrées, sont ni plus ni moins installés dans des frigos ! Les moteurs des cyclecars, peuvent au moins apporter un petit peu de chaleur aux pieds, pendant que les paumettes brûlent sous l’effet du vent glacial. Pour ce qui est de la conduite, les plaques de verglas et le brouillard givrant sont là pour réellement “mobiliser” le conducteur. Tandis que le passager tente de déchiffrer tant bien que mal le road-book, le jockey manie la pédale de gaz avec délicatesse. En hiver, les godasses de plombs ont vite fait de se faire châtier. En période de frimas, les rétrogradages doivent être dosés, les trajectoires précises et par dessus tout le sens de la cohésion doit être omniprésent.

Le gonz arrêté sur le bord, sans doute à cause d’une magnéto capricieuse, d’une bougie en souffrance ou d’un carburateur frigorifié, mérite plus d’intérêt que soi-même. Dans la difficulté, les coudes se resserrent, les personnalités se dévoilent. Dans les emmerdes, l’assurance d’avoir de vrais anges gardiens tout autour est un sentiment qui vous réchauffe. Ça ne vous réchauffe pas les arpions certes, mais le cœur à n’en pas douter. Dans ce genre de contexte, les m’as-tu-vu ne font pas long feu. « L’Homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle » disait Saint-Exupéry.
Au cœur de ces aventures, pas question de passer en loucedé. A minina on s’arrête, on questionne. Si les affaires sont plus conséquentes, si le copain est dans la mouise alors on pose le bourrier sur le côté et on déploie ses talents de réparateurs. Certains, comme mézigue n’ayant strictement aucun mérite dans le cambouis, tentent de remonter le moral des échoués. Moi je ricane sur le compte du malheureux. Dédramatiser en débitant des conneries en cœur ça réchauffe aussi ! Et ça permet d’attendre le dépanneur sans trop s’occuper de l’onglée qui guette. En lâchant nos impressions sur la serveuse gironde ou les fesses plates de la taulière reluquée lors du déjeuner, ça vous anesthésie les méninges pleurnicheuses…

Et puis y à les étapes à atteindre… Les équipages savent que l’organisateur a tout prévu pour que la tortore rustique tienne au buffet. Ils savent qu’à l’heure de la jaffe les ennuis vont s’évanouir et pas en s’appuyant sur un casse-dalle d’autoroute.
L’Hivernale infernale, c’est pas un Jacuzzy, mais la brigade infernale qui déboule chaque année ne donnerait sa place pour rien au monde. Parce que dans ces aventures, chacun se sent vivant et à sa place. Les vieilles tombent en panne et celui qui s’arrête devient le meilleur copain. Le cocktail de l’hiver et des avant-guerre remuent décidemment des valeurs bien intéressantes. Quant à la valeur des voitures, ce n’est pas un sujet puisque les plus chères tombent en panne aussi bien que les autres...
L’égo n’a pas sa place dans l’histoire et cela fait un bien fou à tout le monde.

Photos Stéphane Vignaud

LES BALADES D'IGOR

Par igor biétry

À propos de l’auteur de Les balades d'Igor …

Journaliste de la locomotion depuis 40 ans en 2024, Igor Biétry oeuvre dans la presse écrite, en radio ainsi qu’à la télévision. Il est une des références en matière et présentation des grands événements de l’auto et de la moto ancienne. Autos, motos, avions, bateaux (et même les chevaux !) font partie de son quotidien de journaliste

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